GENIUS LOCI

Du Terrain au Jardin !

Voilà le projet démarre enfin après un long moment d’attente, de réflexion, d’obstacles à franchir mais aussi de temps-mort ou ça végéter pas mal. J’en invoque le manque de temps, de moyens financiers et matériels mais aussi parfois de volonté qu’on se le dise.

2 ans tout de même ! Ce temps fut nécessaire et mis à contribution, tout de même, pour mettre au point ce qu’on appelle couramment en permaculture : le Design ! Je reviendrai plus tard sur cette notion !

Tout permaculture que vous croiserez répétera sans cesse qu’il ne faut absolument rien faire sur le terrain pendant une année au moins et que le secret d’un bon design reste : l’ O -B -S- E- R- V- A- T- I- O- N !

Un calepin et un crayon, voilà tout, le matériel de base de tout projet permacole afin de relater ce qui se passe, au gré des jours, sur la parcelle nouvellement acquise. En somme, être attentif à l’évolution du terrain au cours des saisons et dans l’écoute du terrain.

La première récolte que vous ferez : L’ I -N -F- O- R -M -A -T- I- O- N ! Autant de données pédo-climatiques primordiales à recueillir : ressource (eau, arbre, plante, humain…etc.), ensoleillement, pluviométrie, nature du sol, vent, faune et flore spontanée, voisinage, limite matérielle et immatérielle. J’en oublie un tas d’autres tout aussi importante pour lancer un premier jet de design.

Vous comprendrez que 2 années passées sur le terrain n’auront pas été de trop. Cette pause, cette parenthèse, ce temps de réflexion m’a obligé à me remettre en question, modifier ma perception des choses, (ré)-apprendre à me connaître : mes limites, mes aptitudes, mes « supposées » connaissances…etc.

Au-delà de tout cela et de la frustration que ça peut engendrer, par moment, la chose la plus importante qui m’a été donné d’appréhender et d’entreprendre : c’est la réappropriation de la notion de temps. Ma confrontation au terrain, mes observations, mes collectes d’informations, mes expérimentations, mes tests de cultures…etc. autant de petites actions qui m’ont permis d’approfondir ma connaissance du site et d’en capter, dans percevoir le Genius Loci.

Le Genius Loci : l’esprit du lieu ! C’est une locution latine très bien connue des architectes pour désigner l’âme d’un lieu, son essence ce qui le rend unique et particulier. Cette quête de l’esprit du lieu m’a donné une grande leçon d’humilité et m’a appris une chose fondamentale qu’on a tous zappé de notre vie et au combien salutaire :        R -A -L- E -N- T- I- R.

Oui, il faut apprendre à ralentir et se sortir de cette course effrénée vers le non-sens et l’absurde, vers ce qu’il n’est pas essentiel à notre existence et retrouver enfin ce qui fait sens à notre existence. La permaculture nous apprend donc à prendre son temps, à nous poser afin justement de se poser les bonnes questions. Quand on cherche à faire son Design ; on questionne, avant tout, le lieu.

J’en viens à la notion de Design !

Design est un mot anglo-saxon signifiant, bien sûr, le dessin, mais également le dessein : l’intention, l’objectif que l’on met dedans. C’est avant tout une planification écologique pour l’établissement de systèmes humains durables.

Toute exploitation en permaculture doit démarrer par une phase de « design », qui regroupe la conception, la planification, l’aménagement du terrain et l’organisation, avec deux leitmotivs: Ethique et Efficacité.

L’idée autour de la permaculture s’articule autour de deux axes : la pérennité de la culture (permanent culture) et son aspect social / éthique.

Il faut faire en sorte de construire un système qui soit « résilient », c’est à dire pas ou peu affecté par les perturbations extérieurs dont on a aucune emprise. Une grande partie de la réussite tient dans le fait que les espèces composant le système forment un cycle de vie : les produits issus d’une espèce alimentant les besoins d’une autre et ainsi de suite jusqu’à fermer la boucle.

Pour la mise en place d’un tel système, il est important de connaître les quelques principes de base suivants :

Les feuilles ne sont pas faites pour recevoir toute la lumière du soleil en direct, elles doivent être protégée au moins partiellement de ces rayons ;

Ne pas enfouir de la matière organique dans le sol ;

Le sol doit impérativement être couvert (par des feuilles ou autres), cela maintient en vie les insectes, vers et autres micro-organismes indispensables à la survie des plantes en maintenant l’humidité en place ;

Limiter l’arrosage car les plantes ne peuvent pas consommer l’eau directement, elles puisent leur eau via des échanges chimiques avec les champignons entourant leurs racines ;

Diversifier les espèces permet de créer une sorte de « coopération » inter-espèces indispensable à l’autonomie et la rentabilité de la parcelle, le système n’étant pas « concurrentiel » ;

Les surplus de production doivent être redistribués : aux hommes, aux animaux, à la terre, cela participe du cycle et de l’aspect éthique.

La permaculture nous donne des outils et une méthodologie pour réaliser son design.

La méthodologie diffère un peu selon les permaculteurs mais reste similaire néanmoins sur les principaux angles d’attaques. Pour ma part, j’ai utilisé la méthode BOLRADIME enseigné chez mon formateur à la ferme de la Goursaline (Nouvelle-Aquitaine anciennement Limousin) pour PermacultureDesign. Je reviendrai plus en profondeur sur cette méthode dans un prochain article.

La méthodologie BOLRADIME nous serre donc à questionner le lieu et nous aussi (nos objectifs) comme dit plus haut :

But :

Les buts ou les objectifs nous amène à avoir une idée, une Vision globale du projet. Mettre à l’écrit nos attentes, nos souhaits, nos investissements humains et financiers.

Pour aider à définir ces fameux objectifs on utilise une autre méthode dite S- M- A- R- T car ils doivent être Spécifiques, Mesurables, Acceptés par tous, Réalistes et inscrits dans le Temps. C’est la base de toute gestion de projet en définitive.

Observation :

Une approche primordiale ! On parle d’un an d’observation et de collecte d’information avant de faire le moindre travail. On observera en premier les 3 points qui influenceront toute la suite du design : l’eau, l’accès, les choses existantes.

Viendront ensuite : les conditions pédo-bioclimatiques (vent, ensoleillement, pluviométrie, nature du sol, températures minimales et maximales, l’exposition qui peuvent être autant de facteur limitant la bonne avancée du projet.

Les Limites et Ressources:

Elles peuvent être physiques (bordures naturelles, voisinage, force de travail) ou immatérielles (budget, santé, temps disponible, réglementations…etc.). Ces inventaires devront être les plus exhaustifs possible !

Analyse et Design :

L’heure en est à poser les premiers traits de design car on a maintenant une bonne idée de ce qu’on veut et de ce qu’on a, il va s’agir maintenant de placer nos éléments sur un plan pour mettre en avant les synergies de notre système et ainsi organiser de manière optimale les besoins et produits de chaque éléments.

On gardera à l’esprit qu’un travail à fournir est un besoin non rempli par le système et qu’une pollution est une ressource non utilisée ainsi que le zonage qui est un autre outil en perma pour faire son design. Avec le zonage, les éléments seront placés en rapport avec le centre d’activité (en général la maison) et les accès.

Tous les éléments constitutifs du  système : humain/serre/compost/potager/mare…etc. sera à définir. Ainsi que d’établir les synergies entre ces éléments tout comme cela se passe dans les écosystèmes naturels tels que les forêts. C’est l’objectif même du design et par extension de la permaculture : « boucler la boucle ».

Puis on passe à la réalisation ! On couche sur le papier (ou sur informatique) tout ce qu’on a, en passant du global au détail. On peut travailler sur des calques pour chaque thématique : eau, énergies, microclimats…etc. Dans un souci d’optimisation, on peut combiner les éléments entre eux en gardant en tête que chaque élément du système doit remplir plusieurs fonctions et que chaque fonction doit être remplie par plusieurs éléments. L’exemple de la poule et de l’arbre sont hautement représentatifs.

Image prise sur le site de Permaculturedesign

Implantation :

On passe de la théorie à la pratique, du papier au terrain ! À vos grelinettes et brouettes ! Mais par quoi et où commencer? Avec qui? Sur combien de temps? Le design s’inscrit dans le temps et est comme une aération des travaux sur plusieurs années qui devra être mise en place selon le cas en rapport avec les ressources humaines, budgétaires et les objectifs décidés au préalable.

Maintenance :

Un système issu d’une conception en permaculture doit être en équilibre constant et possible et doit avoir peu de maintenance : le ratio est de 80 % d’implantation et de création et 20 % d’entretien pour se concentrer sur l’un des plus beaux plaisirs de la vie : la cueillette.

Néanmoins, il y aura toujours quelques impondérables comme la taille, l’entretien inhérent aux infrastructures…etc. Cette maintenance doit être envisagée et quantifiée dans le document du design.

Évaluation :

Lors de cette dernière étape, on fait son autocritique. Il faut voir le design en permaculture comme une aide, un fil d’Ariane dynamique et évolutif. Et accepter de se tromper, de modifier ses plans, de réajuster ses stratégies voir ses attentes et ambitions. Tout ça fait partie du processus de conception sans cesse renouvelé afin de viser l’efficience.

LES DIFFÉRENTES VERSION DU DESIGN

Avant tout, une petite question s’impose ! Comment passe-t-on d’une paisible prairie à un projet complet et complexe en permaculture ?

C’est toute la beauté du défi et l’enthousiasme du challenge à relever qui est fascinant et passionnant à la fois. Et c’est ce que nous allons voir de suite.

Vue du Nord de la parcelle

Vue aérienne de la parcelle B120 à l’Escalette (Sausset-les-Pins)

Plan cadastrale de la parcelle B120

Comme on peut très bien voir sur le plan c’est un banal rectangle avec au sud-ouest une excroissance. Le tout fait 4800m² et mesure 43m sur 103m (dans sa plus grande longueur). Il y a une légère pente de 2% seulement. Il est en partie dégagé prenant pleinement le soleil du sud et est ouvert au 4 vents. Il y a un chemin de campagne qui longe la limite nord où l’on peut trouver des poteaux électriques et une borne Canal de Provence à proximité. Autant dire que l’eau et l’électricité ne seront pas le plus grand des soucis !

Du Terrain au Jardin !

Il y a 2 facteurs limitant qui ont motivé, avant tout, mon design : Le vent et l’ensoleillement. Le problème est la solution ; hakuna matata !

Pour arriver au design finale, j’ai effectué plusieurs jets ou versions que j’ai soumis à des collègues expérimentés afin d’en apporter des corrections et/ou des conseils. Il y a eu en tout et pour tout 4 versions de design. Elles montrent le cheminement d’un permaculteur en devenir et elles sont le résultat de plusieurs mois d’une profonde et lourde réflexion et introspection qui a mené au design final et optimal. Quelques soit la version, les critères de base étaient 1000m² de maraîchage plein-champ, une pépinière, une production de spiruline, des mares à poisson, un tas d’arbres fruitiers et d’ornement. Et aussi, faciliter l’accès au jardin notamment avec les 2 portails : entrée et sortie.

Version 1 :

Hélas, j’ai égaré le plan et dès que je l’aurais retrouvé, il sera ajouté. Tout ce que je peux dire est que ce plan en jetant un rapide coup d’œil fait penser à un projet de maraîchage pur et dur avec une petite dimension  agroforestière.

À ce moment là, j’avais peu de pratique en permaculture. C’était un peu trop précipité ! Là, rien n’allé ! Et pour cause, je n’avais pas tenu compte de nombreux paramètres pédo-climatiques tels que le vent, l’orientation, l’ensoleillement, le zonage…etc.

J’avais aligné mes haies en limite de parcellaire et placé mes planches bêtement le long de la parcelle sans me soucier de la réalité pratique et concrète du maraîchage (irrigation, dimension des planches, distance et proximité des arbres …etc.). Mais c’était avant mon stage en permaculture à la Goursaline en 2017.

Version 2 :

Design version 2

À la suite de nombreuses lectures sur la permaculture, de nombreux stages et rencontres de permaculteurs ; je commençais à avoir une idée un peu plus précise de la notion de design. Je pouvais enfin envisager une esquisse de design. Dans cette version du projet de jardin nourricier j’avais très vite effectué une meilleur intégration de l’élément arbre et aussi découvert le concept de piège à soleil (ou chaleur) en quelques mots le piège à chaleur fonctionne avec quatre objectifs :

_ Refléter la lumière du soleil

_ Emmagasiner la chaleur la journée pour la restituer le soir

_ Créer un brise-vent contre les vents froids

_ Assurer une protection du sol contre les gelées du petit matin (les 2 à 3h avant la levée du soleil).

Les pièges à soleil peuvent être naturels : versant sud, coteaux, barres rocheuses, topographie convexe, étang, pierres,

ou artificiels : une maison, une terrasse, un muret, une véranda, une serre, une marre, une butte.

Et si on combine tous ces éléments entre eux, on augmente considérablement la chaleur.

Mes haies étaient encore alignées sur la limite de la parcelle sans tenir compte du vecteur du vent.

J’avais aussi placé mes planches de culture cette fois ci contre la pente en pensant bien faire. L’idée était de limiter la perte de nutriment mais comme mon sol est sableux-limoneux donc hautement filtrant et que la pente est tellement faible (2%) ; ça ne servait à rien. Je devais tabler plus sur l’orientation et l’ensoleillement.

Mes installations étaient toutes placées au sud ce qui aurait eu pour effet une perte considérable d’énergie et de temps à faire les 100 pas.

Le parking n’était pas vraiment délimité !

La zone de stockage de matières organiques (paille, compost…etc.) était ridicule par rapport à mes réels besoins.

Encore une fois mes arbres étaient posés de manière anarchique et intuitive sans réelle réflexion.

Passons à la version suivante toujours plus optimale mais ce n’est pas encore ça !

Version 3 :

Design Version 3

Là, j’ai revu ma copie, pense avoir appris de mes erreurs !

Le parking est maintenant clairement délimiter et j’ai redressé mes planches de culture en les orientant Ouest-Est pour maximiser et homogénéiser l’ensoleillement.

J’ai réduit le nombre d’arbre ainsi que leurs positionnements anarchiques et j’ai également augmenté mes zones de stockage. Le seul bémol étant l’implantation des installations qui s’en retrouvent  éparpillées voir éclatées. La seule explication étant la volonté de vouloir faire communiquer la sortie avec l’accueil et la pépinière.

Et sans parler de la disposition de mes haies qui ne me convenaient toujours pas.

Avec du recul, je me suis rendu compte que je n’avais pas suffisamment écouté le terrain et particulièrement le jardin en devenir. Dans ce plan, cette troisième version de design il y avait encore des choses qui me gênaient, me dérangeaient au plus haut point. Alors je suis efforcé de communiquer avec ce petit bout de terrain ! J’ai commencé à parler au terrain puis je me suis tu pour enfin écouter ! Ecouter ce que le Terrain non plutôt le Jardin avait à me dire, me transmettre. Parfois, il suffit de rien pour avancer juste fermer les yeux et écouter.

Version 4 et finale :

une meilleur proposition

Design version 4 et finale

Mon Jardin M’a dit de poser mes haies en fonction de la force et de la direction du vent et je l’ai écouté. En découvrant le terrain je me suis très vite aperçu qu’il était pris en étau par un fort vent venant du nord-ouest (le Mistral) et un autre venant du sud-est. Afin d’optimiser l’efficacité des haies brise-vent on m’a conseillé de les mettre perpendiculairement à la force du vent. C’est ce que j’ai fait dans cette version du design dans la partie nord et sud de la parcelle.

Mon Jardin M’a dit de placer mes planches de cultures et mes serres de production en fonction de l’ensoleillement et je l’ai écouté. Et également de planter un maximum d’arbre pour limiter le surplus de soleil.

Mon Jardin M’a dit de regrouper toutes mes installations au cœur du futur jardin pour gagner en organisation et ergonomie.

Mon Jardin M’a dit de prévoir un passage pour les gros engins tels que tracteur et camion même si je ne compte pas vraiment utiliser ce genre d’engins pratiquant le maraîchage sur petite-surface et petit-outillage mais sait-on jamais !

Encore maintenant, il me parle et me dicte ce que je dois faire comme planter des engrais vert à l’automne afin de préparer la saison prochaine.

Mon Jardin M’a dit un tas d’autres choses mais ça fera aussi l’objet d’une multitude articles, je l’espère.

Version 4 haute en couleur

Voici les différentes composantes du projet Mon Jardin M’a dit :

  • 1000m² de maraîchage biologique de plein champ donc des légumes de saisons,
  • la plantation de 250 arbres et arbustes divers et variés (fruitiers et ornements),
  • une pépinière de 100m² dite bioclimatique pour les semis et les plants,
  • un bassin de 20m² de spiruline pédagogique également sous serre bioclimatique,
  • 1000m² de jardin paysager pour les promenades régénératrices,
  • 4 petits bassins à poisson d’élevage et d’ornement pour la partie aquaponique

Le tout englobé d’un volet pédagogique avec le regard bienveillant et avisé de la permaculture.

Ce qui est remarquable dans ce projet et qui le rend unique ; c’est son intégration au paysage notamment sur l’utilisation des serres-tunnels qui seront bien plus qu’implantées au sol parce qu’elles seront plantées ; je veux dire par là qu’elles seront végétalisées et fleuries à l’instar des toitures et façades de bâtiment végétalisées. C’est l’ensemble des divers éléments composants ce projet qui sera végétalisé.

J’ajouterai que des éléments tels que l’eau, la lumière, l’ombre, le minéral et le végétal auront une très grande importance notamment avec des jeux d’ombre et de lumière ainsi que des ambiances synergiques entre eau, minéral et végétal qui parcourront et animeront tout le jardin.

Un volet pédagogique ainsi que des stages théoriques et pratiques seront proposés une fois tous les éléments mis en place.

Design finale avec annotation

Article rédigé par Mahdi. B le mercredi 16 septembre 2020

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